Arborescence

L'ensemble Arborescence, créé en août 2021, se propose d'éclairer les musiques du passé à la lumière des pratiques historiques — notation, solmisation, contrepoint, ornementation, déclamation — telles qu'elles peuvent être redécouvertes aujourd'hui grâce au concours des humanités numériques.

Apogée du projet de recherche « Chanter les Motets de Philippe de Vitry », la création de l'ensemble Arborescence constitue le point de convergence des chemins parcourus depuis le début des années 2000 : projet de recherche sur l'interprétation de la musique polyphonique entre Ars antiqua et Ars nova, éditions diplomatiques et critiques des manuscrits du Corpus Motetorum Philippi de Vitriaco (CMPV), mises en pratique de la science du chant (notation, solmisation, contrepoint, ornementation), rencontres entre poèmes et musiques, expérimentations sur la prononciation des textes, espaces de réflexions et de créations entre musiques d'hier et musiques d'aujourd'hui.

En janvier 2024, l'ensemble Arborescence rejoint La Filature, au sein de l'association Musique en roue libre (Arras, France), un collectif de musiciens à géométrie variable et à vocation pérenne, agissant dans le domaine de la création, de l'invention, de la transmission, de la diffusion, du rayonnement territorial des musiques anciennes à nos jours.

Artistes

Marthe Davost, voix.

C'est à la maîtrise de Bretagne que la soprano Marthe Davost découvre son intérêt particulier pour la voix. Elle se forme ensuite au choeur d'adultes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris puis au CNSMD de Paris. Depuis 2028, elle est lauréate de la Fondation Royaumont. Elle se produit dans des rôles et des répertoires variés : Poulenc, Ravel, Debussy, Offenbach, Mozart, etc. Appréciant le travail polyphonique, elle est sollicitée par les ensembles Pérotin Le Grand, Le Poème Harmonique, Marguerite Louise, Le Consort Spirituel et Arborescence. Elle est également directrice artistique de Lux Aeterna.


Eugénie De Mey, voix.

Née en Belgique, les pieds dans la musique et la danse contemporaines, Eugénie De Mey développe un goût précoce pour le chant et la musique ancienne auxquels elle se consacre tout en se formant en musicologie. Mezzo léger, elle se distingue par une utilisation originale des différents registres de la voix, notamment la voix de poitrine. En 2019, elle crée le TROBAR PROJECT, voué à défendre des rencontres et croisements à partir de la musique médiévale. On peut l'entendre au sein des ensembles La Tempête, De Caelis, Servir Antico, Arborescence, Esharêh, Mnémøsyne, Club Medieval, Le Concert Spirituel, Les Cris de Paris, Diabolus in Musica, Toasaves, etc.


Maud Haering, voix.

Soprano française passionnée par les répertoires anciens, Maud Haering explore depuis de nombreuses années les musiques médiévales et baroques à travers le concert, la recherche et la création. Elle se produit avec de grands ensembles européens comme le Amsterdam Baroque Choir, le Collegium Vocale Gent, Les Éléments, l'Ensemble Jacques Moderne et l'Ensemble Correspondances. Elle chante également avec plusieurs ensembles spécialisés dans les musiques médiévales, parmi lesquels Discantus, Alla Francesca, Arborescence, Sine Cum et Palin(e).


Lionel Desmeules, voix.

Lionel Desmeules est un musicien cultivant le paradoxe. Venu de l'accordéon, il passe à l'orgue, non sans un détour par le violon, avant de toucher le clavecin puis le clavicorde… et un peu de piano, par la force des choses. Pour gagner sa vie, il donne de la voix et se pique de direction. Dans la solitude des alcôves, il s'adonne de plus en plus à la composition, qu'il pratique depuis l'enfance. Il trouve dans le silence, brisé par le seul crissement de la plume sur le papier, le repos nécessaire à sa santé.


Benjamin Ingrao, voix.

Diplômé en 2013 du CNSMD de Lyon en chant (musique ancienne), Benjamin Ingrao se produit régulièrement comme ténor soliste au sein de différents ensembles professionnels en France et à l'étranger. Intéressé par les projets historiquement informés autant que par les expériences sonores insolites, il voyage allègrement entre les esthétiques musicales, allant de la période médiévale jusqu'aux confins de la musique contemporaine. Souvent invité comme chef de chœur ou coach vocal, il est titulaire du CA depuis 2019 et partage son activité de chanteur et chef de chœur avec l'enseignement au CRR d'Avignon.


Mauricio Montufar, voix.

Titulaire d'un master de musique médiévale (HEM de Genève) et passionné de musique latino-américaine, Mauricio Montufar est engagé dans plusieurs projets de recherche internationaux sur les traditions musicales issues du syncrétisme européen et indigène. Comme chef de chœur, il participe à de nombreux projets pédagogiques en Europe et en Amérique latine. En tant que ténor, il est lauréat de la fondation Royaumont (2020). On peut l'entendre dans les ensembles Lucidarium, Nikan Ompa, Arborescence, etc.


Olivier Bettens, déclamation.

Passionné dès sa prime jeunesse par la pratique historiquement informée de la musique ancienne, Olivier Bettens entreprend un travail de longue haleine sur l'histoire de la prononciation du français chanté, domaine dans lequel il est fréquemment consulté par des musiciens de premier plan. Sa réflexion sur la prosodie l'attire vers la terra incognita des humanités numériques. En tant que récitant, il a l'occasion de mettre en pratique le fruit de ses recherches.


David Chappuis, direction.

Directeur musical et artistique, compositeur, chercheur et pédagogue, David Chappuis fait dialoguer les musiques du passé et la création contemporaine, interrogeant les liens entre écriture et oralité ainsi que le continuum allant de l'improvisation à la composition. En 2021, il fonde l'ensemble Arborescence avec lequel il interprète les répertoires vocaux des XIIIe et XIVe siècles à la lumière des sources et des pratiques historiques. Ses activités artistiques et de recherche nourrissent également son enseignement à la HEM et au CNSMD de Lyon.


Programmes

Douce playsence


Conçu autour des cinq motets authentifiés de Philippe de Vitry (1291-1361) — Garison, Gratissima, Hugo princeps, Lugentium et Rex quem metrorum —, Douce playsence propose une immersion dans l'univers sonore de cette figure centrale du XIVe siècle. Interprété par les six voix de l'ensemble Arborescence, ce parcours révèle la richesse poétique, la virtuosité contrapuntique et l'audace créatrice de son œuvre.

Douce playsence s'articule en deux périodes symétriques évoquant la jeunesse et la maturité du compositeur, reliées par la déclamation du poème qui donne son titre au concert. Chaque partie s'ouvre par un somptueux motet à quatre voix : Rex quem metrorum, dédié à Robert d'Anjou, pour la première, et Gratissima, en l'honneur de la Vierge Marie, pour la seconde. Lugentium, également à quatre voix et dédié au pape Clément VI à Avignon, en constitue l'apothéose. Son ampleur et la maîtrise architectonique de son écriture en font la pièce culminante du programme.

Afin de ménager des respirations au fil des motets de Philippe de Vitry, des intermèdes ponctuent le parcours musical. Le concert débute par une double invocation : une prière à la Trinité en faveur des musiciens (Adesto), confiée aux trois voix masculines placées derrière le public, à laquelle répond une invocation aux Muses en faveur des poètes (Decens), interprétée par les trois voix féminines face au public. Au cœur de chaque partie, un duo pour sopranos apporte un contraste lumineux, faisant écho aux lignes de tenor et de contratenor qui forment le socle polyphonique des motets.


Fleurs de lys


Fleurs de lys est un programme de concert pour six voix a cappella, construit autour d'un ensemble de motets de Philippe de Vitry, interprétés à partir de l'édition novatrice établie par le projet Chanter les Motets de Philippe de Vitry. Le concert est conçu comme un tout, en continu dans l'espace et dans le temps, et s'inscrit dans le prolongement du programme Douce playsence, créé à l'abbaye de Fontfroide en mai 2022, redonné à Genève et à Saint-Guilhem-le-Désert dans le cadre du Festival Les marteaux de Gellone.

Le programme met en valeur chacune des voix de l'ensemble, du solo au tutti. Les polyphonies riches et subtiles des motets du XIVe siècle sont agrémentées par des intermèdes musicaux composés par David Chappuis, sur des textes de Philippe de Vitry, avec en toile de fond un poème de cet auteur, intitulé Le Chapel des trois fleurs de lys. Les trois fleurs de lys qui forment le « chapel » (la couronne) imaginé par Philippe de Vitry sont « Science, Foy et Chevalerie ». « Science » est la fleur de lumière qui détruit l'ignorance et l'erreur, et qui conduit l'homme dans la droite voie. « Foy » est la fleur d'espérance qui cherche la vérité sur la force suprême structurant l'Univers. « Chevalerie » est la fleur de noblesse qui garde et protège les deux autres fleurs.


La teneur des anges


Quelle place pour la musique dans l'utopie de Christine de Pisan ? Rarement posée, la question trouve pourtant une réponse dans le prologue du Livre des trois vertus, où il est dit des citoyennes qu'elles « deschantent alleluya avec la teneur des beneürez angelz ». Cette formulation pointe indéniablement une pratique polyphonique : il faut se représenter un chœur d'anges chantant une version infinie de l'alléluia liturgique. Au-dessus de cette « teneur », il reviendrait aux femmes de lire, ou d'improviser, les fleurs de la polyphonie.

Pour évoquer cette musique, qui devait baigner les allées de la cité imaginaire, il faut donc recourir à des pièces « à teneur », autrement dit à des motets, des ballades et des virelais, quintessences de l'ars discantandi au XIVe siècle.

Et, pour faire honneur à la double appartenance culturelle de Christine de Pisan, convoquer deux poètes-musiciens actifs en France au temps de sa jeunesse, et deux musiciens actifs en Italie durant sa maturité.

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